« De l’isolement à la solitude »
par Philippe La Sagna
La Cause freudienne, n°66, 2007/2
Texte remanié d’une intervention à une journée du Centre Psychanalytique de Consultations et Traitements — précarité, à Paris.
« La solitude « moderne », comme problème humain, date à peu près du xviie siècle. Elle est apparue dans la civilisation comme une trouvaille : l’homme pouvait être seul avec lui-même. Auparavant il n’était jamais seul car Dieu existait : quand l’homme était seul, c’est qu’il était sans Dieu, ce n’était pas la même solitude. À l’époque on s’intéressait beaucoup à Robinson Crusoé et on s’intéressait tellement à la solitude qu’un certain nombre de nobles, de riches britanniques, ont payé des gens pour vivre seuls pendant des années dans leurs parcs, dans des « solitudes » – c’était le nom donné à ces lieux – et leur demandaient ensuite de raconter leur expérience. C’était considéré comme une exploration de l’humain. Cet accent va de pair avec la trouvaille du sujet. Le sujet, dans son émergence, est seul : le sujet, le sujet moderne, est une invention de Jean-Jacques Rousseau. Pour Rousseau, l’homme naît solitaire et ne rentre en société que dans un temps second et, dans la perspective de Rousseau, il ne s’y habitue jamais et considère toujours que la société est une oppression, sauf à la transformer en contrat consenti, c’est le contrat social […]
