Le sujet supposé savoir quelle est la vraie valeur de l’argent
par Gilles Chatenay
Il y a quelques années, tout le monde connaissait le nom d’Alan Greenspan. Président de la Banque centrale des États-Unis de 1987 à 2006, sous les présidences de Reagan, George H.W. Bush, Clinton, George W. Bush, ses interventions étaient attendues par tous les acteurs et commentateurs de la planète financière et économique, qui tentaient de s’orienter sur l’interprétation de ses oracles – car les interventions de Greenspan étaient délibérément obscures : « Si vous avez compris ce que j’ai dit, c’est que je me suis mal exprimé », a-t-il pu dire en plaisantant à moitié, ajoutant qu’il n’avait pas le droit de s’enrhumer. Paradoxalement, la planète tentait de s’orienter sur les dires de quelqu’un qui voulait affamer la bête, to starve the beast1 , c’est-à-dire réduire à l’impuissance les États, soit les principales institutions régulatrices – Greenspan a longtemps soutenu que des marchés libres et concurrentiels sont de loin la meilleure façon d’organiser les économies, sans équivalents. En somme, pendant ses années de gloire, Alan Greenspan a été supposé savoir quelle était la vraie valeur de l’argent. Et de fait, à l’envers son idéologie, ses interprétations équivoques faisaient fonction de régulation, même s’il y eut des impairs.
Et depuis ?
Depuis, Greenspan a pris sa retraite, le virus subprimes est survenu et les emprunts toxiques ont généré la crise globale dans laquelle nous sommes encore. Greenspan, convoqué par le Congrès, a reconnu que sa confiance dans l’autorégulation des marchés avait été « absolument, exactement » une erreur.
Où est passé le sujet supposé savoir quelle est la vraie valeur de l’argent ? Qui écoutons-nous maintenant ?