Le réel traumatique du nombre (et de l’algorithme)
par Gilles Chatenay
« Pourquoi ce réel ne serait-il pas le nombre, et tout cru après tout ? » se demande Lacan dans « L’Étourdit »1 Évaluations partout et tout le temps : le sujet contemporain vit sous « l’infatuation (momentanée) de la catégorie quantité »2 dans tous les secteurs de sa vie, à son travail lorsqu’il en a un encore, dans son école lorsqu’il la fréquente encore, chez lui lorsqu’il a encore un chez-lui, dans ses relations lorsqu’il en a encore ; partout : tout est soupesé, tout est mesuré, ce qu’il fait ce qu’il mange ce qu’il respire ce qu’il aime ce qu’il hait, ce qu’il désire — et lui-même chiffré (combien as-tu d’amis sur Facebook ?). C’est pour son bien, bien sûr — mais de ces statistiques, de ces nombres s’infèrent des prescriptions de bonne pratique, c’est l’Evidence Based Life. Les prescriptions de bonne pratique ont un autre nom : protocole. Et qu’est-ce qu’un algorithme, sinon un protocole logifié ? Nous vivons sous les nombres et les algorithmes […] »