« La production d’un objet a »
par Anne Béraud
Mai 2021
Texte préparatoire au XIXe Congrès de la New Lacanian School (NLS), mai 2021.
Anne Béraud est membre de l’École de la Cause freudienne et de l’Association Mondiale de Psychanalyse. Elle est actuellement Analyste de l’École (AE).
« Le premier souvenir de mon corps remonte à cette scénette, dans laquelle, dès j’ai pu me tenir debout, mon père me hisse sur un tabouret pour que je puisse me voir dans le miroir. Il accompagnait le geste d’une formule qui me réjouissait : « Monte là-dessus, tu verras Montmartre ». La formule restait hors sens. Cette séquence condense le corps imaginaire, le corps symbolique, le corps pulsionnelle, ainsi que la jouissance de lalangue, mais aussi l’amour du père et l’idéal. Autrement dit, disposer de son corps se soutient du nœud R. S. I. Un nouage se fit entre le geste qui élève mon corps, le regard et lalangue. En 1974, Lacan indique que « Le corps s’introduit dans l’économie de la jouissance par l’image du corps. » (1) Lors de la scène ludique qui se répéta de nombreuses fois jusqu’à mes cinq ans, mon père entérinait « la valeur de cette image » (2) de mon corps dans le miroir. La satisfaction narcissique était au rendez-vous. Et pour le dire dans les termes de Lacan, je m’affairais de la sphère pour me faire un escabeau (3). En effet, ce tabouret, on ne pouvait mieux trouver pour nommer l’escabeau, terme que Lacan utilise pour parler du corps grâce auquel chacun se croit beau, qui sert à chacun de piédestal, et qui « est premier parce qu’il préside à la production de la sphère » (4) « promue par l’image du corps » (5). Formulation qui établit le rapport avec le narcissisme provenant de l’image du corps propre […]