« Antigone : « une victime si terriblement volontaire » ! »
par Solenne Albert
Un choix absolu
Sans lʼanalyse de Lacan, Antigone peut apparaître comme une figure de la féminité révoltée contre lʼordre symbolique, patriarcal, incarné par son oncle, Créon, prête à aller jusquʼau sacrifice du bien le plus précieux : la vie – pour défendre un idéal. Une femme défend une valeur, contre le réel, au prix de sa propre vie. Les arguments de la raison que lui assène son oncle – le beau, le bien, lʼamour – nʼauront pas raison de son désir. Indomptable, elle ne plie pas, elle est insoumise à la Loi phallique. Elle incarne ainsi le désir dans ce quʼil a de plus scandaleux, de plus irraisonné et radical. En lisant le Séminaire VII Lʼéthique de la psychanalyse se découvre lʼenvers de cette lecture dʼAntigone : « La position dʼAntigone se situe par rapport au bien criminel. », elle incarne « un choix absolu, un choix quʼaucun bien ne motive »2 . Lacan se saisit de cette référence à Antigone pour faire apercevoir lʼau-delà du principe de plaisir, cʼest-à-dire la jouissance. Une jouissance mortifère, qui la conduit au pire. Ce quʼil y a de troublant dans cette représentation de la victime quʼest Antigone, souligne Lacan, cʼest sa détermination : sa volonté nʼéprouve ni crainte, ni tremblement. Elle défend et incarne une Loi au-dessus de la Loi des hommes. Sa jouissance se situe dans la transgression de cette barrière du bien, du beau, de la morale que représente Créon. […] lire la suite