Dette d’argent, dette de sang
par Bernard Maris
L’idée de cette conférence est partie de la conclusion d’un article sur la dette et sur la crise monétaire, où je disais que lorsque la crise de la dette éclatait, elle libérait la violence (comme en Grèce aujourd’hui, en Argentine en 2002 et dans toute l’histoire du capitalisme) et le sang ; et que la liquidité avait deux noms : l’argent, et le sang. Et au fond que l’argent coulait pour éviter que le sang coule. C’est la vieille thèse libérale, depuis Say, Smith, Ricardo, Montesquieu, du commerce pacificateur.
Et puis il se trouve que pour des raisons diverses, je viens d’écrire un livre sur la Grande Guerre, plus exactement sur Ernst Jünger et Maurice Genevoix, et j’ai donc été amené à réfléchir à l’homme dans la guerre. Freud a écrit ses Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort, en 1915, après avoir été, avant le conflit, un bon patriote sinon un va-t-en guerre – on le voit poser avantageusement à coté de ses deux fils en uniforme. Très curieusement, on retrouve chez Ernst Jünger, qui était un fou de guerre – le mot est faible, un fanatique plutôt –, les mêmes analyses que chez Freud. Non que Jünger ait lu Freud – il avait un mépris sans nom pour la psychanalyse et son inventeur –, mais nombre de ses phrases sur l’instinct de mort et le plaisir de tuer et de violer au cœur de l’homme et heureusement libérées par la guerre, sont quasiment celles de Freud sur la pulsion de mort, le plaisir de tuer, la négation de la mort pendant la guerre.
Pourquoi un économiste se pose-t-il ces questions? De quoi se mêle-t-il, me direz vous ?