Après-midi préparatoire aux J56
En présence de Christelle Sandras, psychanalyste, membre de l’ECF
Interventions de Jean-Malo Dubreil, Ewen Jarnigon et Aurélie Pencréach
Argument :
Si Freud n’a pas manqué de signaler avoir été saisi par l’effet produit sur lui par Œdipe roi[1], il n’a cependant pas accordé d’attention particulière à l’autre tragédie sophocléenne, Œdipe à Colone.
Pourtant, note Lacan, cette dernière est riche d’enseignements, spécialement lorsqu’il s’agit de cerner ce que le découvreur de l’inconscient a voulu dire au travers de sa proposition d’un « Au-delà du principe de plaisir »[2]. C’est en effet dans le bois sacré des Euménides qu’Œdipe, véritable parole incarnée, réalise pleinement sa destinée oraculaire, celle écrite d’avant sa naissance : il y meurt d’une mort mystérieuse. Cependant, à l’instar de M. Valdemar, sa volatilisation cache en réalité l’horreur du réel de la vie : « une boursouflure, une moisissure »[3] – Freud s’en était fait l’écho, allant, dans des considérations toutes pastoriennes, jusqu’à caractériser la vie uniquement par « son aptitude à la mort »[4].
Dès lors, souligne Lacan, le principe homéostasique ou encore l’agressivité ne suffisent pas à rendre compte de la Todestrieb. C’est un masochisme primordial qu’il faut postuler – la malédiction d’Œdipe l’illustre, la réaction thérapeutique négative, la répétition, aussi bien – pour saisir combien, en définitive, non seulement « la vie ne veut pas guérir [mais qu’]elle ne songe qu’à mourir »[5].
Qu’est-ce alors que ce sentiment de la vie qu’évoque Lacan à l’occasion de son réexamen de la psychose du Président Schreber[6] ? Posons ici que le vivant, registre a priori dénué de signification, nécessite que s’y adjoigne une certaine connaissance[7], une signification, rendant l’affaire moins invivable, le « détour obstiné »[8] moins éprouvant.
À ce titre, le sentiment de la vie, c’est le vivant qui se noue à la parole[9], et le désir[10] qui en surgit, comme conséquence, offrant à celui qui s’en soutient, comme sujet, l’expérience d’une vie vécue dans l’ordre du sens et de la représentation.
Notre rentrée préparatoire aux J56 nous permettra de nous pencher sur ces aspects du sentiment de la vie. Jean-Malo Dubreil, Ewen Jarnigon, Aurélie Pencréach y apporteront leurs contributions, en présence de notre collègue membre de l’École de la Cause Freudienne Christelle Sandras, qui sera notre invitée.
David Oger
[1] Freud S., « Lettres à Wilhelm Fliess », La Naissance de la psychanalyse, Paris, PUF, 1986, p. 198.
[2] Freud S., « Au-delà du principe de plaisir », Essais de psychanalyse, Paris, Ed. Payot, Coll. PBP, 2001, p. 47–127.
[3] Lacan J., Le Séminaire, Livre II, Le Moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1978, p. 271.
[4] Ibid.
[5] Ibid., p. 271-272.
[6] Lacan J., « D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose », Écrits II, Paris, Points, 1999, p. 9–61.
[7] Attesté depuis la fin du XIIᵉ, le terme « sentiment » revêt la signification de « connaissance, fait de savoir quelque chose ». Cf. Le Grand G. Studite T., Homélie de St Grégoire sur Ezechiel. Sermon de Saint Théodore Studite, et sermons divers, Abbaye de Fleury de Saint-Benoît-sur-Loire, vers XIᵉ-XIIᵉ siècle.
[8] Lacan J., Le Séminaire, Livre II, Le Moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse, op. cit., p. 271.
[9] Cf. Lacan J., Le Séminaire, Livre XXII, R.S.I., leçon du 11 mars 1975, Ornicar ?, n° 5, mars 1975, p. 19 : « la parlotte se noue à quelque chose du réel ».
[10] Cf. Leguil C., « Le drame de l’amour. Avec Jacques Lacan », Esprit, n° 535-536, juillet-août 2026, p. 108 : « Le désir est le lieu même du sentiment de la vie ».
Informations :
CMPP de Vannes
35 rue des Grandes Murailles
56000 VANNES
Participation aux frais : 10€ / 5€ (étudiants et demandeurs d’emploi)
Contact :
acfvanneslorient@gmail.com

