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Forum Campus Psy 2026 – Le secret

Accueil Forum Campus Psy 2026 – Le secret
Samedi 10 octobre 2026 / 9h - 17h30 Nantes En présentiel Envoyer un mail pour avoir plus d’informations

Forum Campus Psy 2026

 

LE SECRET à l’heurt de la transparence

 

Argument

Par Benoît Delarue

« Le droit au secret est ce qui nous reste, sans doute, de plus précieux[1] »
Jacques-Alain Miller

Le thème du secret s’impose aujourd’hui à partir d’un constat : jamais la transparence n’a été autant érigée en idéal. Elle traverse les politiques publiques, les pratiques institutionnelles, les discours scientifiques et les usages contemporains du numérique. Elle se présente comme une exigence de vérité, de rationalisation, voire de démocratie. Pourtant, cette volonté de faire passer la transparence à l’universel rencontre un point d’impossible : celui de l’opacité constitutive du sujet. La psychanalyse suppose « la non-transparence du sujet[2] » ; loin de coïncider avec sa pensée, comme le suggère le cogito cartésien, le sujet s’y trouve au contraire divisé.

Le secret, condition et garantie de la psychanalyse

Ainsi, s’il n’y a plus de secret, il n’y a plus de psychanalyse. Le secret est une condition et la garantie même de la pratique analytique, dans la mesure où la vérité ne se déploie que dans les détours du langage, en laissant subsister un reste irréductible, puisque selon Jacques Lacan : « nul langage ne saurait dire le vrai sur le vrai[3] ». Le secret n’est donc pas simplement ce qui est caché et qu’il faudrait révéler, il est ce qui échappe fondamentalement à toute entreprise de transparence.

Depuis la découverte freudienne et l’enseignement de Lacan, la notion de secret est omniprésente : elle se manifeste à travers le refoulement, l’oubli, le non-dit ou encore le savoir supposé. Le sujet est en effet pris dans le langage, et tout secret y est inscrit, chiffré dans la chaîne des signifiants. L’inconscient constitue le lieu de cette inscription et c’est à travers le travail analytique que le secret peut être progressivement déchiffré.

Dès l’enfance, le secret s’inscrit au cœur du rapport au désir et à la sexualité. Freud montre que l’enfant, confronté à la question : « D’où viennent les enfants ? », découvre l’insuffisance du savoir dans l’Autre : « C’est la question la plus vieille et la plus brûlante de la jeune humanité[4] ». Cette absence de réponse transforme la question en secret, et c’est ainsi que« l’humanité fait du sexe un secret[5] », dit Jacques-Alain Miller. L’enfant enrobe ses propres interrogations et désirs d’un voile, mêlant vérité et fiction, à l’image de ses premières théories sexuelles infantiles[6]. La honte surgit alors, signalant les limites de ce qu’il peut dire ou montrer : l’enfant apprend à taire sa jouissance, à mesurer ses énoncés et à se constituer un espace intime séparé de l’Autre. C’est la définition même du secret, emprunté au latin secretum, « lieu écarté, solitude, secret », dérivé de secretus, adjectif qui marque la séparation. Le secret protège la singularité du désir, en permettant à l’enfant de ne pas se réduire aux signifiants imposés par l’Autre. Il devient alors possible de parler et de construire des fantaisies où se condense un désir protégé.

Lacan rend hommage au génie de Freud qui a su démontrer que dans le déchiffrage des formations de l’inconscient réside le « secret du symptôme[7] ». Pour Lacan, le désir naît d’un manque irréductible. Ce manque peut être rapproché du secret : ce qui ne peut être ni comblé ni totalement su. Le sujet parle, interprète, analyse – mais quelque chose demeure opaque. Ce reste adossé à la dimension du secret est précisément ce qui fait désirer le sujet.

Le secret : politique de la psychanalyse

Dans le contexte actuel, dans un moment d’attaques sans précédent contre la psychanalyse et les thérapies par la parole, marqué par l’essor des nouvelles politiques diagnostiques et des dispositifs d’expertise, notre mobilisation est plus que jamais requise. La multiplication des centres experts est le symptôme de la volonté de tout évaluer, de tout classifier, en se passant de l’association libre pour la remplacer par des questionnaires, par l’imagerie cérébrale et des analyses sanguines dans une recherche chimérique de biomarqueurs des maladies mentales – autant de « données personnelles » qui sont aux antipodes de la parole singulière du patient et de l’engagement subjectif du praticien, et dont la collecte alimentera Big Data et Big Pharma.

C’est logiquement que ces politiques s’accompagnent d’une transformation des pratiques institutionnelles avec une réduction des espaces où une parole singulière peut se dire et l’effacement progressif du cadre secret de la rencontre. Le bureau du psychanalyste, lieu par excellence du secret, tend à apparaître comme une anomalie dans un monde gouverné par la transparence.

À l’échelle de la civilisation, la promotion de la transparence s’articule à des transformations majeures du lien social. L’exposition de l’intime, notamment sur les réseaux sociaux, participe d’une politisation inédite de la vie privée. Le regard et la voix y occupent une place centrale, dans une économie de la visibilité où chacun est invité à se dévoiler. Cette dynamique n’abolit pas le secret, elle le déplace, parfois en le radicalisant sous des formes nouvelles : ceux qui s’isolent dans des niches sans contact numérique, ceux qui ne se déplacent que dissimulés sous une casquette ou une capuche munie de LED infrarouges pour éblouir les caméras de surveillance, ceux qui ne naviguent sur internet qu’en utilisant des VPN[8], etc.

Secret et clinique

Du point de vue clinique, le secret désigne aussi ce qui ne peut pas encore se dire, ou ce qui, bien que formulé, ne trouve pas d’inscription pour le sujet lui-même ou pour l’Autre auquel il s’adresse. C’est à ce niveau que la psychanalyse situe son éthique : non pas dans la rétention du secret, mais dans l’attention portée aux conditions du dire, irréductibles à toute exigence de transparence. Les secrets de famille, par exemple, ne se réduisent pas à des contenus cachés, mais structurent la famille en tant que telle, la distribution des places et les modes de jouir de chacun. L’inconscient y joue évidemment un rôle majeur.

La psychanalyse introduit ici une distinction essentielle entre une incitation généralisée à parler et ce qu’elle vise comme « bien dire », en permettant au sujet de se situer par rapport à ce qui, en lui, fait énigme. Le secret peut alors devenir un opérateur, un moteur de l’analyse. Il ne s’abolit pas : il se transforme.

Le heurt entre secret et transparence engage une tension entre le désir de savoir et la nécessité d’un reste, entre la volonté de tout rendre visible et ce qui, du sujet, ne peut se laisser entièrement capter.

Dans ce contexte, il s’agit de faire entendre ce que devient le secret aujourd’hui ; dans le droit, où il est à la fois protégé et mis à l’épreuve, le Forum Campus psy sera l’occasion d’éclairer des questions juridico-sociales qui se posent en lien à la pratique, notamment le droit au secret ; dans la clinique, où il se noue à la transmission et à la jouissance ; dans la civilisation, avec l’impératif de transparence. Mais aussi de soutenir, contre l’illusion d’une lisibilité totale, que c’est à partir d’un point d’opacité que le sujet peut trouver à dire.

Nous vous attendons nombreux le samedi 10 octobre à Nantes pour ce forum Campus psy, qui sera politique et clinique, en présence d’invités mystère. La Newsletter du forum Campus psy, Phénix, fournira quelques pistes et indices.

—————–

[1] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Pièces détachées », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris 8, leçon du 26 janvier 2005, inédit.

[2] Miller, J.-A., « L’orientation lacanienne. Donc », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris 8, leçon du 8 juin 1994, inédit.

[3] Lacan J., « La science et la vérité », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 867.

[4] Freud S., « Les explications sexuelles données aux enfants », La Vie sexuelle, Paris, PUF, 1969, p. 10.

[5] Miller J.-A., « Le Coït énigmatisé : Une lecture de la “La secte du Phénix” », Quarto, n° 70, p. 11.

[6] Cf. Freud S., La Vie sexuelle, op. cit., p. 13-24.

[7] Lacan J., « Variantes de la cure type », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 333.

[8] CCTV : télévision en circuit fermé, technologie de vidéosurveillance ; VPN : Un VPN, qui signifie Virtual Private Network, protège ses utilisateurs en cryptant leurs données et en masquant leurs adresses IP. Cela masque leur activité de navigation, leur identité et leur emplacement, permettant une plus grande confidentialité et autonomie.

Infos pratiques

En présentiel
Lieu tenu secret pour le moment

Entrée : 30 euros
Demandeurs d’emploi / étudiants : 15 euros

Contact

campuspsy2026@gmail.com

 

 

 

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